Environnement

Le revêtement mural, un art écologique contre l’intoxication au plomb

Publié le mercredi 25 octobre 2017, par Yiago Nazzarrio

L’intoxication au plomb est un des problèmes environnementaux et de santé publique les moins couverts par les campagnes médiatiques. Le plomb est un métal toxique qui a des effets négatifs non seulement sur l’environnement mais également sur la santé humaine. Les peintures à taux de plomb très élevé, représentent le moyen le plus courant d’exposition des populations, surtout des enfants à ce matériau toxique selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

L’OMS relève 494 550 décès dus à l’exposition au plomb et 9.3 millions années de vies ajustées sur l’incapacité en raison des effets à long terme sur la santé. « Les peintures contenant un taux élevé de plomb sont une source importante d’intoxication à la maison, notamment chez les enfants » indique l’OMS qui relève dans un article publié en octobre 2017 que le phénomène est largement reconnu par les experts en santé dans le monde.

« Le rôle de l’exposition au plomb dans le développement de la déficience intellectuelle chez l’enfant est particulièrement préoccupant » souligne l’OMS.

De la nécessité des politiques d’élimination des peintures au plomb

En 2002, une Alliance mondiale fut mise en place pour accompagner tous les pays dans la mise en place d’un cadre réglementaire en vue d’éliminer l’utilisation des peintures au plomb. Selon une enquête de l’OMS en collaboration avec le programme des Nations Unies pour l’Environnement en février 2017, seuls 64 pays dans le monde ont confirmé l’adoption de textes juridiques et contraignants contre l’usage des peintures au plomb. En Afrique, seuls l’Algérie, l’Afrique du Sud, le Kenya et la Tanzanie ont adopté officiellement des textes réglementaires et contraignants sur la fabrication, l’importation et l’exportation des peintures au plomb.
Dès lors, des mesures individuelles sont encouragées au niveau des populations pour réduire au maximum leur exposition au plomb, un tueur lent. C’est à l’instar du jeune togolais Laurent Amétoenyenou.

Les revêtements muraux, une peinture écologique en design

C’est l’un des business qui semble répondre favorablement au besoin de décoration des habitats sans le risque de s’exposer au plomb. Au Togo, 50% des peintures commercialisées ont des concentrations en plomb supérieures à 90 parties par million (PPM) selon une étude menée par l’ONG Amis de la Terre (Togo). Dès lors que l’Etat n’est pas encore dans la logique de la prévention ou de la protection des populations contre les intoxications au plomb, le revêtement mural peut être privilégié comme une réponse individuelle à la menace.

« Le revêtement par le papier peint est une couverture et en même temps une décoration de l’intérieur. Le papier peint ne contient pas de produits chimiques comme on les retrouve dans les peintures. Ce qui fait que quand on le pose sur les murs de la chambre, on ne risque pas d’avoir des désagréments qu’on a lorsqu’il s’agit des peintures » révèle le jeune artiste Laurent Ametoenyenou qui semble faire de bonnes affaires avec son art.
Le revêtement mural est un travail qui exige labeur et concentration pour débusquer sur une superbe finition quoique le coût soit légèrement élevé par rapport à la peinture. « Vous êtes obligé d’aérer votre chambre deux ou trois jours avant d’y dormir, lorsque vous avez mis de la peinture sur le mur. Mais avec le papier peint, point n’est besoin de le faire. Avec les papiers peints, les murs ne dégagent plus de la chaleur avec des odeurs toxiques dans la chambre  » confie le jeune artiste qui montre alors que ça vaut le coup de faire le sacrifice.

Dans les pays Ouest Africains voire en Afrique généralement, le revêtement mural n’est pas répandu. C’est même une technique de décoration très moins connue qu’on observe seulement dans les suites et salon de certains rares hôtels ou résidences privées des personnes nanties, qui connaissent bien les effets nocifs de certaines peintures. Or, Il est très difficile de distinguer à vue d’œil les bonnes peintures de celles toxiques.

Pour poser son papier peint sur les murs, Laurent les débarrasse d’abord des grains de sables à l’aide d’un couteau et passe à son travail avec du matériel écologique. Il décrit : « Il n’y a aucun produit chimique ni toxique dedans. C’est naturel. Nous n’utilisons pas de la colle qu’on vend au marché. L’eau mélangée avec de la pomme de terre naturelle revient sous forme d’amidon. C’est ce que nous mettons derrière le papier peint avant de coller ça au mur. Ensuite nous coupons le papier en haut pour que cela soit bien adapté au plafond, et en bas pour que ça soit au même niveau que le carreau ».

La période du 22 au 26 octobre 2017 est consacrée comme la semaine internationale pour la prévention de l’intoxication au plomb. Pour l’OMS et l’Alliance mondiale pour l’élimination des peintures de plomb, il faut pouvoir accroître la sensibilisation au problème de l’intoxication au plomb ; mettre en avant les efforts déployés par les pays et les partenaires pour prévenir l’intoxication au plomb chez l’enfant ; demander instamment que de nouvelles mesures soient prises pour éliminer les peintures au plomb.

Alo Lemou