Environnement

Production du charbon de bois, source d’une désertification avancée et de destruction du parc de la Kéran

Publié le lundi 23 avril 2018, par Leader

Le Parc National de la Kéran, se meurt à cause d’une désertification
avancée due à l’intensité de la production du charbon de bois.Il
suffit de voyager à travers le Togo pour constater le dégât. Des
montagnes de charbon de bois et des centaines de sacs contenant ce
charbon jonchent les bords de la route nationale au niveau de la
réserve de la Kéran. Du « Carrefour Gando », jusqu’à la réserve, c’est
rien que de gigantesques élevations de charbon de bois qu’on aperçoit.
Cette activité de destruction intensive de l’environnementn’est pas
efficacement prise en compte dans les politiques de protection du
patrimoine forestier. Pourtant, il suffit de continuer la route pour
voir des singes et autres animaux qui offrent un splendide spectacle
d’une parfaite symbiose entre eux et la nature.

Les monts Togo du sud-est de la Kéran comme pour marquer et renforcer
le décor constituent un atout pour la survie des espèces protégées,
mais l’effet destructeur de l’homme fait que les animauxapparaissent
rarement. La production des combustibles solides entraîne, selon un
responsable de la Direction de l’Environnement, une perte annuelle de
plus de 25 000 hectares de forêt au Togo.

« Nos forêts naturelles et réserves ont subi un niveau de dégradation
tellement élevé à cause de la production du charbon de bois. Il y a
seulement 30 ans, la réserve de la Kéran était une attraction. Mais
aujourd’hui, la production du charbon de bois a amené les gens à
couper anarchiquement les arbres. », a-t-il déploré.

Il a aussi ajouté qu’à leur niveau, des mesures certes se prennent sur
papier, mais que dans les régions, les conservateurs manquent d’outils
adéquats. « La sensibilisation n’a plus son effet, surtout que des
alternatives efficaces ne sont proposé aux riverains et aux
producteurs de charbon de bois. Pour mettre fin à cette production
anarchique, il faut trouver une autre activité aux producteurs de
charbon de bois, car cette activité est leur métier », a-t-il
expliqué, avant de préciser que la coupe du bois et la production du
charbon de bois restent une activité très florissante dans les zones
rurales et péri urbaines, au détriment des petites réserves
forestières.

Selon Sambiani, un producteur de charbon de bois non loin de la
réserve de la Kéran, il ne coupe pas les arbres de la réserve de la
Kéran, mais aux alentours de la réserve. « Je suis producteur de
charbon de bois depuis que je suis jeune. Je nourris ma famille avec
ce que je gagne de cette activité. Nous ne rentrons pas dans la
réserve pour couper les arbres et produire le charbon. Je ne vis que
de ça. », a-t-il déclaré avant de reconnaitre que certains producteurs
coupent nuitamment des arbres dans la réserve.

Les autorités politico-administratives semblent prendre à bras le
corps ce phénomène. Ce sont les militaires, les douaniers et des
agents de l’environnement qui ouvrent les barrages à ces dizaines de
camions qui font des navettes à longueur de journées pour desservir
les consommateurs de charbon de bois. « Nous protégeons cette réserve,
mais nous n’avons pas des outils adéquats. On manque aussi de
personnel. Le parc fait plus de 120 000 hectares, on est combien ?
Pendant qu’on patrouille au nord du parc, certains profitent pour
couper du bois au sud de la réserve. Des fois on nous traite d’être de
complices, mais ce n’est pas vrai », a expliqué le producteur du
charbon de bois.

Les questions environnementales constituent une préoccupation pour
toute la planète.En effet, la couverture forestière, selon le
professeur Kokou Koami, chargé des questions forestières à
l’Université de Lomé, était en juin 2011 de 7%, alors qu’elle devrait
être de 30% selon les normes internationales citées par
l’’Organisation internationale des bois tropicaux (OIBT). Le taux de
déforestation est lui de 5,5% en cette même année. Il a ajouté que le
faible taux de reboisement au Togo, alors que les besoins sont
importants en raison de l’utilisation massive du charbon de bois par
près de 80% de la population, constituent une menace pour la réserve
de la Kéran.

« En bois d’énergie, les Togolais consomment 420.000 tonnes par an en
moyenne. Ce qui correspond à 2.800.000 tonnes de bois détruits.
Pourquoi autant ? Parce que les techniques de fabrication du charbon
de bois sont dépassées. Pour 1kg de bois, on obtient 11% de charbon.
Rendez-vous compte de la déperdition », a-t-il indiqué et de souligner
qu’une vraie prise de conscience est nécessaire, non seulement de la
part du gouvernement, mais aussi et surtout des togolais.
(EAGLE-TOGO)