Société

Togo/Vo/Le bain de sang à Nyita est loin de connaitre son épilogue

Publié le vendredi 16 mars 2018, par Leader

Depuis le mercredi 14 mars 2018, la localité de Nyita dans le canton d’Akoumapé (préfecture de Vo) connait une violence sans précédent, violence qui se poursuit ce vendredi occasionnant à chaque fois bain de sang. Le bilan de ces 72 dernières heures est à déplorer : des blessés graves évacués au dispensaire d’Akoumapé, violence physique exercée sur l’honorable Apéké, député du milieu, ordinateurs portables et téléphone se trouvant dans le véhicule de celui-ci emportés, autres dégâts signalés ici et là. Sauf intervention des autorités pour mettre fin à cette crise sociale, les signaux laissent présager des épisodes de carnage dont la fin n’est pas encore prévisible.
L’effusion de sang dont sont victimes les natifs du milieu est occasionnée par des miliciens agissant comme vigiles et se réclamant du parrainage de Vidjin Kossivi Mitsoayé, ancien chef du village condamné le 16 juin 2016 et déchu pour avoir commis le meurtre sur Anani Ablam Django.
Ce mercredi 14 mars 2018, alors que Kodjo Désiré Anani se dirigeait vers le local de la loterie du village pour parier, il est intercepté par trois éléments de la gendarmerie d’Akoumapé lui signifiant qu’il avait refusé de répondre à deux convocations successives adressées par le chef brigadier (CB). Dans sa tentative de demander, sans succès, plus amples explications par rapport à son interpellation, il a été menotté à l’issue d’une vive altercation suivie de violence, et conduit à la gendarmerie.
Alors que visiblement, la tenue des éléments de la gendarmerie montre les preuves d’un « combat » assez rude lors du processus d’embarcation du jeune homme, celui-ci présente, lui, des enflures au menton et au cou et soutient qu’il a reçu des coups de poings de la part des éléments avant qu’il ne soit emmené manu militari à la gendarmerie.
Devant le CB, le plaignant en la personne de Vidjin Kossivi Mitsoayé expose les faits en faisant savoir qu’il a fait l’objet de diffamation dans la nuit du lundi 12 mars 2018. En effet, dans son développement, le plaignant explique que Kodjo Désiré Anani s’est indigné suite à l’éblouissement de la vue causé par la lumière de la torche qu’il tenait. Il poursuit en affirmant l’avoir entendu lors de son indignation des injures désobligeantes et diffamatoires, objet de sa plainte.
La convocation pour diffamation serait donc adressée mardi, jour suivant l’acte que le plaignant juge irrévérencieux. Logiquement, quelques vingt quatre heures seulement séparent le moment où l’acte serait passé et le jour de l’arrestation. Nonobstant ce laps de temps, il est signifié à l’accusé que deux convocations lui étaient adressées sans réponse. A qui les convocations sont remises pour parvenir à l’accusé ? Le plaignant, dans sa réponse, annonce que les convocations qu’il a retirées à la gendarmerie sont ensuite envoyées à l’accusé par l’entremise d’un quelconque conducteur de taxi-moto, un inconnu du plaignant donc. La preuve de l’arrivée à destination des assignations n’est pas importante. Pour lui, le fait d’avoir payer au coursier suffit pour que ce dernier exécute la tâche à lui confiée ; toute autre vérification n’est pas à l’ordre du jour.
Ces allégations sont balayées du revers de la main par l’accusé Kodjo Désiré Anani qui affirme n’avoir reçu aucune convocation. La partie n’a pas été aisée pour les deux camps. La gendarmerie a finalement opté pour la relaxe de l’accusé après une prétendue accalmie observée des deux côtés.
Entre temps, après l’embarcation de Kodjo Désiré Anani par les éléments, les rumeurs font état de ce qu’il serait conduit au domicile du plaignant. Ce qui amène Koami Beaugars Anani et Kossi Djimessa Djalogo à aller vérifier si c’est effectivement le domicile en question qui est la destination de leur frère. Ces deux émissaires ont eu pour leur compte. Les miliciens du plaignant leur ont assené de violents coups de massue et de pierres sur leur crâne alors que le premier était en train d’ouvrir le portail pour vérification. Le second, Kossi Djimessa Djalogo, qui le suivait marquait son étonnement et s’était approché de lui pour le sauver de la situation quand une pierre rocheuse s’est abattue sur son front. Le jet de sang émanant des deux compagnons a amené d’autres jeunes au secours. Eux, également violentés, ne sont que légèrement blessés, heureusement.
Au cours de ces actes de violence, les deux portails du plaignant sont endommagés. Celui-ci soutient que sa maison a été encerclée par ces jeunes venus au secours, ce qui a occasionné ce dégât. Mais ceux-ci inscrivent cette allégation dans le tableau d’un mensonge grotesque.
Ce vendredi encore, les miliciens continuent leur rage. Le député Apéké de la localité qui est intervenu dans le conflit le mercredi était de passage quand il a aperçu un attroupement à la devanture du plaignant. Etant l’élu du milieu, il est de bon aloi de s’enquérir de la situation. Lui également a eu pour son compte. Après avoir reçu de gifle, les deux ordinateurs portables, son téléphone ainsi que son trousseau de clés, tous dans son véhicule, ont été emportés. Des informations recueillies ce vendredi donnent un bilan d’une dizaine de blessés, tous évacués au centre de santé. Comme à l’accoutumée, une dizaine d’éléments des forces de l’ordre y ont fait irruption pour le fameux constat.
La terreur y règne, l’inquiétude aussi. Et l’on attend toujours l’intervention des autorités compétentes pour une solution durable. Les villageois sont visiblement dépassés par les velléités légères des différents intervenants, velléités qui sont loin de régler le conflit.