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Le pourcentage d’actif se cache rarement là où on le cherche

Avatar de Élise Kanhonou

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4 min de lecture 5,0 (82 avis)

Un pourcentage affiché en gros sur un packaging — « 10 % de niacinamide », « 2 % d’acide salicylique » — donne l’impression d’une transparence totale. Il concerne pourtant un seul ingrédient choisi par la marque, jamais l’ensemble de la formule, et rien n’oblige à préciser où se situe cet actif dans l’équilibre global du produit.

Ce que le pourcentage affiché ne couvre pas

Un actif peut être présent à la concentration annoncée et rester, malgré tout, peu efficace dans cette formule précise, parce que son action dépend aussi du pH, de la présence d’autres composés qui le stabilisent, ou de la texture qui détermine à quel point il pénètre. Le chiffre communiqué répond à une question — combien y en a-t-il ? — sans répondre à celle qui suit logiquement : dans quel contexte formulé se trouve-t-il ?

C’est là que la nomenclature INCI redevient utile, même quand un pourcentage est déjà annoncé ailleurs sur l’emballage : la position de l’actif dans la liste complète permet de vérifier, au moins par recoupement, la cohérence entre le chiffre mis en avant et le rang qu’il occupe parmi les autres ingrédients.

Trois endroits où regarder en priorité

  • Le rang de l’actif annoncé dans la liste complète, pas seulement sa présence.
  • La présence d’un solvant ou d’une base qui favorise réellement l’absorption de cet actif précis.
  • La cohérence entre la texture du produit et le mode d’action habituel de l’actif — un actif hydrosoluble dilué dans une base majoritairement grasse n’agit pas comme le même actif dans une base aqueuse.

Aucun de ces trois points n’apparaît sur un packaging, même honnête sur le pourcentage annoncé. Ils demandent de croiser l’étiquette avant avec la liste complète au dos — un geste que peu de personnes prennent le temps de faire en rayon, alors qu’il ne demande que deux lectures superposées.

Le chiffre rassure, la formule décide

Le succès commercial d’un pourcentage affiché tient à sa simplicité apparente : un chiffre se compare facilement d’un produit à l’autre, ce qui en fait un argument redoutablement efficace même quand la comparaison n’a, en réalité, pas grand sens sans le reste de la formule. Deux produits à « 5 % » du même actif peuvent avoir des effets très différents selon ce qui les entoure.

Cette manière de raisonner rejoint une règle plus générale, valable bien au-delà des cosmétiques : un chiffre isolé, sorti de son contexte, dit toujours moins qu’il n’en a l’air. La même prudence s’applique à la lecture d’une tendance qu’on ne juge jamais sur un seul chiffre de popularité, mais sur ce qu’elle remplace réellement dans la durée.

Un exemple concret : le même actif, deux formules

Un actif éclaircissant annoncé à une concentration identique peut donner des résultats très différents selon la base qui l’accompagne. Dans une formule au pH mal adapté à sa stabilité, une partie de l’actif se dégrade avant même d’atteindre la peau ; dans une base pensée pour le protéger, avec un emballage opaque qui limite l’exposition à la lumière, la même concentration reste active plus longtemps après ouverture. Le pourcentage inscrit sur l’étiquette au moment de la fabrication ne renseigne donc jamais sur ce qui reste réellement actif au moment de l’utilisation, plusieurs semaines ou plusieurs mois après le premier usage.

Pourquoi les marques communiquent quand même sur le seul chiffre

Le pourcentage reste, malgré ses limites, l’argument le plus simple à mettre en avant, parce qu’il se compare d’un coup d’œil et qu’il donne une impression de rigueur scientifique. Expliquer la stabilité, le pH ou la pénétration demanderait un espace de communication que peu de packagings s’autorisent, et une pédagogie que peu d’acheteurs prennent le temps de lire en rayon. Le chiffre seul continue donc de dominer l’argumentaire, non pas parce qu’il serait le critère le plus pertinent, mais parce qu’il reste le plus facile à afficher et à retenir, y compris quand deux marques concurrentes affichent, côte à côte en linéaire, exactement le même chiffre pour des résultats très différents une fois le produit réellement utilisé.


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